La mesure fiscale au service de la santé publique ? Au train des annonces du Gouvernement d’Emmanuel Macron (sur la défense, les finances locales, l’université, etc.), on se pose sérieusement des questions. Mediapart en rajoute une couche.
« Dans la lignée des décisions populaires annoncées par le Gouvernement figure le passage du paquet de cigarettes à un prix minimal de 10 euros que beaucoup applaudissent comme une mesure courageuse.
C’est vrai qu’un prix du paquet élevé est une marche plus haute à franchir pour les adolescents, et évitent à certains de s’accrocher au tabac.
• Mais la majorité des fumeurs sont des adultes. Et ce que nous disent les baromètres santé officiels, c’est que les moins riches fument plus et même de plus en plus. Dans le tiers supérieur des revenus, on voit le tabagisme baisser régulièrement : le tabagisme régulier y est passé de 28 % à 22 % entre 2000 et 2014, dans le même temps que le prix du tabac augmentait, celui du tiers les moins riches est passé de 32 à 36%. Donc en 2014, l’écart est passé de 4 à 14 points.
• Passer à 10 euros c’est donc pénaliser fortement les moins riches qui ne réussissent pas à se débarrasser d’une addiction, c’est amputer les revenus les plus bas au détriment des autres besoins. Cela s’appelle un impôt injuste plutôt qu’une stratégie de santé publique, quoiqu’en disent les experts ».
Elle vient d’où cette ministre de la Santé (Agnès Buzyn) pour nous parler sur ce ton-là.
« Ce qui compte c’est que les Français comprennent bien une fois pour toute qu’il est impératif de rejoindre les autres pays de l’OCDE » a-t-elle déclaréce mardi 11 juillet, en parlant du tabagisme en France afin de justifier son paquet (ou plutôt celui d’une promesse de campagne) à 10 euros.
• Comprendre une fois pour toute … Ces sont des paroles d’instituteur ou de professeur qui, faute de dialogue, ne parvient pas à faire comprendre ce qu’il veut enseigner.
• Comprendre une fois pour toute … Quand on entend la pauvreté du plan sur l’aide au sevrage, on entend surtout que nos gouvernants, même les nouveaux, ne travaillent toujours pas en profondeur à l’incitation et à l’accompagnement à long terme du sevrage tabagique.
• Comprendre une fois pour toute … Seul le podium de performances en termes de santé publique compterait finalement.
Ce n’est pas en nous martelant l’histoire récurrente du crash d’un avion par jour (censé illustrer en « live » les 200 morts quotidiens du tabagisme en France) qu’elle va interpeller les fumeurs. C’est facile de jouer avec les chiffres. C’est facile de jouer avec les prix. C’est moins facile de trouver la voie du dialogue … la clé de toute prévention.
Et là Agnès, ce n’est pas avec cet autoritarisme s’adressant à des « quasi-débiles » que tu vas y parvenir. On n’ose même pas imaginer ce que vont en penser les adolescents !
Elle est souvent pleine d’enseignements contre les poncifs, la chronique de franceinfo « Le vrai du faux » qui décrypte les déclarations de nos politiques.
Ainsi, celle de notre ministre de la Santé pour justifier le paquet à 10 euros : « Tous les pays qui ont vu une baisse importante de leur tabagisme sont passés par des hausses notables du prix du tabac ».
Extraits.
•• « Les hausses de prix font baisser les ventes légales de cigarettes, c’est très net. Faire baisser le nombre de fumeurs, c’est plus compliqué, et cette tendance se mesure par la prévalence : la proportion de fumeurs dans une population.
••« En Grande-Bretagne le prix du tabac a augmenté de 89 % en 10 ans et la prévalence s’établit à 19 %, contre un peu moins de 30% au début des années 2000.
Mais, en Allemagne, on compte un quart de fumeurs contre presque un tiers en France, alors que le paquet de cigarettes est moins cher. Outre-Rhin, l’accent est très fortement mis sur la prévention dès le plus jeune âge. Résultat : 92 % des 12-17 ans sont non-fumeurs, selon l’administration fédérale.
•• « En France, la plus forte hausse de prix, 39 %, c’était avec le plan cancer de Jacques Chirac en 2003. Le nombre de fumeurs a légèrement baissé : 30 % en 2000 et 27 % en 2005. La proportion est ensuite remontée progressivement autour de 28-29 %. L’effet choc des prix s’est donc estompé dans le temps.
Vous aurez noté aussi que contrairement à l’Australie ou à la Grande-Bretagne, la France n’est pas une île. Il est plus facile d’aller chercher des cigarettes à un prix inférieur chez les voisins … »
•• Conclusion : « la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a raison de dire que tous les pays qui ont connu une très forte diminution du tabagisme ont fortement joué sur les prix. Mais les politiques davantage basées sur la prévention montrent aussi leur efficacité, à long terme».
Nuage rouge (le pseudo d’un lecteur de 13 millions de fumeurs) est très en colère après l’annonce de la feuille de route du Gouvernement dont l’une des mesures phares est de parvenir au paquet de cigarettes à dix euros.
D’ailleurs, on a d’autres billets de révolte à publier.
« Quitte à me faire dépouiller j’aurai préféré que l’État vienne me dire : « tu es accro au tabac ; je suis dans la merde avec mon quinquennat, j’ai besoin de rentrées fiscales ; c’est dégueulasse, tant pis pour toi ». Direct, carré, droit dans les yeux. La comédie de la lutte contre le tabac depuis maintenant treize ans … franchement, ça ne passe pas.
De quoi est-il question ?
Baisse de la consommation ? Un fumeur en moins dans les statistiques annuelles et le tour est joué. Pour ceux qui continuent, c’est du tabac hors de prix ad vitam æternam et dans des emballages qui ne servent à rien, sinon d’épouvantails pour légitimer un racket fiscal légal sans précédent ni équivalent.
Éradication du tabac ? Pour quel avenir ? L’alcool et le cannabis, respectivement en seconde et troisième position de nos toxicomanies, viendront en première et seconde position et cela bien avant que le dernier fumeur n’ait quitté ce monde. Ils ne se contenteront pas de grimper en haut du podium mais risquent surtout d’exploser pour combler le vide laissé par le tabac. Et là, pas de solution.Lire la suite »
Plutôt anti-Macron, l’auteur d’un billet sur Altantico.fr de ce 6 juillet sur le paquet à 10 euros, annoncé dans la feuille de route du Gouvernement.
En restant au-dessus des prises de position politiques, affichées et exprimées de-ci de-là, on appréciera la démonstration d’Éric Verhaege, fondateur du cabinet d’innovation sociale Parménide et énarque, lui aussi. Extraits.
« Le paquet de cigarettes à 10 euros ? L’idée est aussi ancienne que bien connue, malgré ses origines obscures. C’est un peu comme si elle était dans l’air depuis longtemps sans qu’on ne sache plus très bien par qui elle est venue. Voici pourquoi En Marche l’a mise en œuvre dès son arrivée au pouvoir.
•Premier point : la sociologie du fumeur n’est pas neutre. Selon les données les plus récentes, les fumeurs se trouvent d’abord dans les catégories sociales les moins favorisées. Ce fossé s’est beaucoup creusé depuis l’augmentation du prix du paquet de cigarettes. Ainsi, l’écart de la proportion de fumeurs chez les cadres et les ouvriers a augmenté de 2 points depuis que le tabac est surtaxé par l’État.
On aurait donc tort de croire que le renchérissement de la cigarette pénalisera les plus riches. Il frappera durement les catégories de revenus les plus modestes. Rappelons qu’en 2014, on comptait moins de 20% de fumeurs chez les cadres, alors qu’ils représentaient près de 40 % des ouvriers. Autrement dit, le paquet de cigarettes à 10 euros, c’est une mesure jugée d’autant plus légitime par l’électorat d’En Marche qu’elle frappe l’électorat des autres partis.
•Reste que le paquet de cigarettes à 10 euros pose un vrai problème moral. Selon les études menées, notamment le rapport de la Cour des Comptes de décembre 2012, le coût du tabagisme pour l’assurance-maladie est d’environ 12 milliards annuels. La taxe sur le tabac, qui représente 80 % du prix du paquet, rapporte 15 milliards.
Autrement dit, les fumeurs paient largement pour leur santé. Toute augmentation de la taxation les rendra financeurs très largement de l’assurance maladie.
Même en utilisant les estimations les plus pessimistes du coût sanitaire des fumeurs (environ 17 milliards par an qui pèseraient sur l’ensemble des acteurs de la santé), le paquet de cigarettes à 10 euros ressemblera à une contribution excessive des classes populaires au remboursement des frais qu’ils causent par leur vice.
Autrement dit, le gouvernement Philippe prépare le financement de soins apportés aux plus riches par une contribution nouvelle sur les plus pauvres.
•Tout ceci pose la question de fond : pourquoi pénaliser les fumeurs ?
On entend bien la raison cachée, qui a désormais force de loi : il faut protéger les individus contre le mauvais usage qu’ils peuvent faire de leur liberté.
Au nom de la protection, il faut donc restreindre la liberté ».
« Nous sommes 13 millions » s’adresse aux fumeurs adultes et responsables. En application de la législation française sur le tabac, les mineurs de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à naviguer sur ce site.