Nov 132021
 

C’est le Mois sans Tabac … Alors que plusieurs villes françaises, de toute taille, annoncent l’interdiction de fumer dans certaines zones en extérieur, l’« Espace sans tabac ». Ce qui fait bondir Nathan Devers : agrégé de philosophie, auteur d’« Espace fumeur », jeune ancien fumeur (voir 22 juin).

Dans une tribune de Figaro Vox, il dénonce cette vieille tendance de l’État à considérer qu’il est légitime de déterminer à leur place ce qui est sain pour les citoyens.

De prime abord, un quasi fait divers. Une dépêche insignifiante, presque sympathique, à tout le moins bénigne : des zones sans fumeurs (…) Les citoyens pourront s’y promener en paix, sans être incommodés, sans être intoxiqués, sans être assassinés par les fumeurs et leur mauvais exemple. Autour d’eux, plus d’odeurs qui empestent, plus de volutes grises, plus d’attitudes nocives. On aura enfin débarbouillé les rues de ces semi-drogués, de tous ces inconscients qui prennent plaisir à se mettre en danger (…)

•• Et si cette pulsion de vouloir tout guérir nous rendait tous malades ? Et si cette infantilisation nous transformait en éternels enfants ? Et si cette manie de nettoyer les villes les déshumanisait ? Et si cette politique du bien conduisait à un monde du pire ?

On notera tout d’abord que, contrairement à ce que répètent certains spécialistes du soir au matin, les fumeurs ne sont pas tous dupes de leur condition. Je sais qu’on aimerait les faire passer pour des êtres sans volonté, manipulés par l’industrie du tabac, influencés par les films des années 1960, aliénés à la nicotine et rêvant de sevrage.

Mais une telle idée relève d’une autre propagande : celle de l’hygiénisme. Je connais, nous connaissons tous des personnes qui fument en connaissance de cause. Soit qu’elles étouffent sous un quotidien insurmontable dont elles s’évadent le temps d’une pause clope. Soit qu’elles préfèrent vivre moins longtemps mais plus intensément. Soit qu’elles aient besoin de fumer pour vivre en société. Soit que, tout simplement, elles prennent plaisir à respirer du feu. Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, il y a parfois de bonnes raisons de se faire du mal. 

•• On s’étonnera ensuite de ce calendrier. Deux ou trois mois après l’imposition du pass sanitaire, voici un nouveau symptôme de la pulsion liberticide.

Comme s’il s’agissait, selon la formule de Clausewitz, d’une continuation de l’ordre médical par tous les moyens. Comme s’il appartenait à l’État, non seulement d’empêcher les citoyens de porter préjudice à autrui, mais de se nuire à eux-mêmes.

Comme si nous entrions dans ce que Ruwen Ogien nommait le domaine de la « liberté positive », c’est-à-dire dans une société où la liberté ne cesse d’être conditionnée à des injonctions, non seulement juridiques, mais également morales. Comme si nous nous enfoncions encore davantage dans le gouffre de la psychose sanitaire.

Tout cela au nom d’un syllogisme absurde : « Les fumeurs se mettent en danger, donc ils sont dangereux ». A-t-on réfléchi un seul instant aux conséquences d’un tel raisonnement ? Ira-t-on, bientôt, jusqu’à imiter certaines entreprises chinoises, en interdisant aux Français de se suicider ? (…)

•• On se demandera, enfin, à quoi ressembleront les villes françaises d’ici vingt ou trente ans.

Des personnes masquées à chaque fois qu’une maladie se répand, c’est-à-dire (presque) tous les jours ? Des rues aux allures de couloirs d’hôpitaux ? Des fanatiques du gel hydro-alcoolique et du lavage de main ? Des sectaires de la distanciation sociale ?  Des hypocondriaques tyranniques, exigeant que l’univers entier s’adapte à leurs épouvantes ? Des sosies du « dernier homme » de Nietzsche, obsédés par leur désir de mourir aussi tard que possible ? Des morts-vivants sabordant leur existence en prétendant l’aimer ? Les fils naturels de Tartuffe et d’Argan.

•• C’est l’histoire d’un mépris bienveillant, d’une science irrationnelle, d’une médecine malade, d’une intolérance déguisée en progrès, d’un vitalisme qui déteste la vie.

C’est une vieille histoire, dont Molière se moquait. Cette histoire ancienne, pourtant, en est encore au point de son commencement.

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