Les premières réactions de fumeurs, confrontés à l’arrivée en force du paquet neutre, montent.
Et pas seulement sur le paquet gore ou les photos-choc. Exemple d’une lectrice toulousaine :
« Je viens d’acheter mon premier paquet neutre, moi c’est « R… rouge », et bien tout comme toi je trouve que ma cigarette est « différente » … Je ne retrouve plus la subtilité de son goût habituel, ai l’impression de fumer une vulgaire clope.
D’ailleurs même sur la cigarette, l’écriture à changer (typo) et plus d’inscription en doré sur le filtre ?
C’est quoi cette arnaque ! »
Comme un certain manque d’information auprès du consommateur de base …
On vous avait bien prévenu qu’il fallait garder ses (anciens) paquets de cigarettes … Il y a urgence parce que, ces derniers jours, ce n’est pas une marque par-ci, une marque par-là qui arbore un paquet « gore », mais quasiment le tiers des linéaires. A partir de demain, ce sont toutes les livraisons.
Mon premier paquet neutre, c’était ce vendredi matin. « Une Dunhill International Rouge, s’il vous plait ! », même si j’avais repéré dans le linéaire que ma marque n’était plus rouge, mais marron kaki avec le maximum d’avertissements sanitaires. Le buraliste, lui, a mis un petit moment à le trouver, je l’ai un peu aidé. Ça promet quand il aura un mur total de paquets identiques devant lui.
• Premier réflexe : on vérifie la marque et la référence. Ouf, c’est écrit trois fois et en caractères lisibles, une fois le paquet en main.
• Étape suivante : on prend connaissance de « son » nouveau paquet. On le retourne, on regarde la photo-choc sans trop d’émotions (tellement irréelles), on compare le packaging, sachant qu’on ne va pas se l’approprier (en utilisant cache-paquets ou anciens packaging).
• Toujours méfiant, on ouvre … Et, là aussi, on constate des changements plus subtils. D’abord, le papier intérieur est tout fin. C’est un détail. Puis, on prend une cigarette : tiens, elle semble moins dense en tabac. Puis, on tire une première bouffée : tiens, elle a un goût légèrement différent. Je ne retrouve plus la suavité de mon tabac (de luxe tout de même), mais un léger arrière-goût acre. Et, ce n’est pas psychologique : j’ai testé immédiatement avec une cigarette « d’avant ».
C’est la double peine. Et ce n’est pas auprès des associations de consommateurs qu’on va pouvoir trouver des réponses à nos questions …
Si nous étions un peu plus solidaires entre fumeurs, nous pourrions échanger, voire nous faire entendre en tant que citoyens et consommateurs d’un produit légal.
C’est à l’occasion d’un sondage sur la campagne « Moi(s) sans tabac » (Odoxa pour Le Parisien/ Aujourd’hui en France, publié dimanche dernier) que les Français (fumeurs et non-fumeurs) ont à nouveau mis au banc de touche le paquet neutre.
•• 76 % des sondés estiment que l’instauration du paquet neutre pour lutter contre le tabagisme est inefficace (33 % très inefficace, 43 % assez inefficace). Depuis le départ, les trois quart des Français sont contre. La mesure a été imposée. Et maintenant qu’ils savent ce qu’il en est concrètement, ils sont encore moins convaincus. Et les fumeurs en force, à 85 %.
•• Le jugement est d’autant plus sévère que, dans le même sondage, la moitié des Français est franchement positive pour « Moi(s) sans tabac ». « Ce qui est un bon score » note Gaël Sliman, président d’Odoxa, « car en général le grand public a une certaine défiance vis-à-vis de ces messages de santé publique, jugés un peu moralisateur. Ici, ce n’est pas le cas ». Même chez les fumeurs : 46 % pensent que la campagne est un bon moyen d’arrêter, 23 % déclarent même essayer.
•• L’autre surprise du questionnaire, c’est le regard sur l’ambiguïté de cette addiction, trop souvent occultée. Considérée comme « une drogue » pour 84 % des sondés (et « coûteuse » pour 93 %), 60 % des Français (et 82 % des fumeurs) pensent cependant que le tabac est un puissant anti-stress. De même que c’est « une vraie source de plaisir » pour 55 % des Français (et 81 % des fumeurs).
Alors, faut-il une main de fer ou un gant de velours ? Attention, une majorité des sondés (56 %) estime que le fumeur finit par être « stigmatisé ».
Dans une tribune des Échos, le sociologue Jean-Pierre Martignoni (Centre Max Weber, Lyon-II) imagine que le gouvernement pousse à son paroxysme le « principe de précaution », déjà appliqué au pied de la lettre avec l’arrivée des paquets neutres.
« … Les 16 millions de fumeurs n’ont bien entendu guère d’arguments à opposer vu la dangerosité de la plante, régulièrement soulignée par les cancérologues. Le travail des débitants sera plus compliqué. Qui s’en soucie ? Les conséquences économiques sur les cigarettiers ? Qui s’en préoccupe ? Ces piliers de « l’industrie du vice » (alcool, tabac, jeux d’argent) ne sont pas en odeur de sainteté… même s’ils créent des emplois.
« La curieuse disparition du taux de nicotine et de goudron sur les paquets neutres constitue déjà un argument plus sérieux, comme l’augmentation probable du marché parallèle indiquant que nous sommes entrés dans une néoprohibition qui, historiquement, a toujours profité aux mafias, petites ou grandes.
« Par ailleurs, l’opinion publique, qui n’est pas composée que de fumeurs, pourrait ne pas comprendre cette mesure extrême, dans un moment où le gouvernement ouvre de coûteuses et contestables salles de shoot et où Jean-Marie Le Guen et Terra Nova demandent haut et fort la légalisation et la dépénalisation du cannabis, comme si c’était une priorité nationale. Le pétard, oui, la clope, non !
« Cette absence de logique dans la politique de lutte contre les addictions avec substance, son caractère socialement et culturellement ethnocentré, risquent d’irriter nos concitoyens, déjà très remontés contre le président, le gouvernement, les socialistes, les élites…. Lire la suite »
Dans le Parisien / Aujourd’hui en France, daté du 13 octobre, la parole est donnée aux lecteurs sur le paquet neutre (la rubrique s’appelle « Voix Express »). C’est révélateur de ce que l’on peut entendre un peu partout.
Évidemment, les médias nous la jouent « équilibré » – genre proportion 3 contre / 2 pour – mais dans un journal avec une direction anti-tabac comme Le Parisien, c’est quand même révélateur :
•• La question : « le paquet neutre, est-ce une bonne mesure ? »
• Laurence (assureur, 51 ans, Niort) : « Non. Ça ne va pas me faire arrêter de fumer. Je ne comprends pas cette mesure. Quand on a, comme moi, 18 ans de cigarette, il n’y a que la volonté qui compte ».Lire la suite »
« Nous sommes 13 millions » s’adresse aux fumeurs adultes et responsables. En application de la législation française sur le tabac, les mineurs de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à naviguer sur ce site.