Juil 282017
 

Nous, on a bien aimé ce « courrier des lecteurs » paru dans le dernier numéro de Marianne. On contresigne.

« Notre Premier ministre veut trouver de l’argent. La solution : augmenter le prix du tabac. La guerre au tabac a déjà été faite : les augmentations, l’obligation de fumer dehors, l’interdiction de vendre du tabac à des jeunes, etc. Le prétexte est que les jeunes fument encore. Ils boivent également beaucoup, pourtant d’augmentation du prix de l’alcool, il n’est pas question … ».

Collin Rousses

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Juil 252017
 

À en croire un article de La Dépêche du Midi, ce serait plutôt la tendance dans certains établissements toulousains et pas seulement ceux équipés de fumoir(s) : ça refume.

« L’habitude » serait d’improviser un sous-sol ou une cave en espace fumeur. Des endroits « confidentiels » sur lesquels les patrons ferment les yeux quand ce ne sont pas eux qui, délibérément, en prennent l’initiative.

•• Dans un bar à cocktail du centre, en allant aux toilettes, où on ne vient pas seulement satisfaire un besoin pressant et « sur les conseils des gérants ». 

Dans une boîte de nuit, où le sous-sol est largement dédié à ce genre d’activité : « je viens toujours fumer dans cette pièce. Cela évite de sortir, de faire du bruit et d’avoir des histoires avec le voisinage. Le patron est d’accord. C’est lui qui a lancé l’idée » annonce une cliente régulière.

Dans un troquet des faubourgs, où les habitués sortent rapidement cigarettes et briquets, devant un patron tolérant : « ce sont de bons clients, des fidèles. Alors quand ils fument quelques cigarettes dans l’après-midi, ce n’est pas bien grave. Ils ne gênent personne à cette heure-là ».

•• Mais soyons « rassurés », l’ange-gardien veille … La police aurait effectué 22 procédures en 2016 et 10 en 2017 – alors que Toulouse compte 2 500 établissements – quand ce ne sont pas les clients non-fumeurs qui jouent les gendarmes eux-mêmes. Anecdote : dans un restaurant réputé, des clients ont appelé la police alors que des voisins de table allumaient une cigarette à la fin du service.

•• Et l’hypocrisie n’est pas loin. Le Président de Toulouse Nocturne (Christophe Vidal, le maire de la nuit, en clair) pousse des hauts cris en termes de santé publique et tombent littéralement sur les « clients fumeurs bruyants » : « ce sont majoritairement les fumeurs qui génèrent des nuisances au voisinage, entraînant parfois des fermetures administratives. Face à ce problème, quelques patrons vont fermer les yeux (…) Ce n’est évidemment pas acceptable ».

On conseillera donc à Monsieur Vidal de faire un tour des sorties d’établissements nocturnes, à l’heure où les clients très alcoolisés ne font pas ni le silence ni dans la dentelle.

Ils ont bon dos les fumeurs !

Juil 192017
 

La mesure fiscale au service de la santé publique ? Au train des annonces du Gouvernement d’Emmanuel Macron (sur la défense, les finances locales, l’université, etc.), on se pose sérieusement des questions. Mediapart en rajoute une couche.

« Dans la lignée des décisions populaires annoncées par le Gouvernement figure le passage du paquet de cigarettes à un prix minimal de 10 euros que beaucoup applaudissent comme une mesure courageuse.

C’est vrai qu’un prix du paquet élevé est une marche plus haute à franchir pour les adolescents, et évitent à certains de s’accrocher au tabac.

• Mais la majorité des fumeurs sont des adultes. Et ce que nous disent les baromètres santé officiels, c’est que les moins riches fument plus et même de plus en plus. Dans le tiers supérieur des revenus, on voit le tabagisme baisser régulièrement : le tabagisme régulier y est passé de 28 % à 22 % entre 2000 et 2014, dans le même temps que le prix du tabac augmentait, celui du tiers les moins riches est passé de 32 à 36%. Donc en 2014, l’écart est passé de 4 à 14 points.

• Passer à 10 euros c’est donc pénaliser fortement les moins riches qui ne réussissent pas à se débarrasser d’une addiction, c’est amputer les revenus les plus bas au détriment des autres besoins. Cela s’appelle un impôt injuste plutôt qu’une stratégie de santé publique, quoiqu’en disent les experts ».

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Juil 102017
 

Elle est souvent pleine d’enseignements contre les poncifs, la chronique de franceinfo « Le vrai du faux » qui décrypte les déclarations de nos politiques.

Ainsi, celle de notre ministre de la Santé pour justifier le paquet à 10 euros : « Tous les pays qui ont vu une baisse importante de leur tabagisme sont passés par des hausses notables du prix du tabac ».

Extraits.

•• « Les hausses de prix font baisser les ventes légales de cigarettes, c’est très net. Faire baisser le nombre de fumeurs, c’est plus compliqué, et cette tendance se mesure par la prévalence : la proportion de fumeurs dans une population. 

•• « En Grande-Bretagne le prix du tabac a augmenté de 89 % en 10 ans et la prévalence s’établit à 19 %, contre un peu moins de 30% au début des années 2000.

Mais, en Allemagne, on compte un quart de fumeurs contre presque un tiers en France, alors que le paquet de cigarettes est moins cher. Outre-Rhin, l’accent est très fortement mis sur la prévention dès le plus jeune âge. Résultat : 92 % des 12-17 ans sont non-fumeurs, selon l’administration fédérale. 

•• « En France, la plus forte hausse de prix, 39 %, c’était avec le plan cancer de Jacques Chirac en 2003. Le nombre de fumeurs a légèrement baissé : 30 % en 2000 et 27 % en 2005. La proportion est ensuite remontée progressivement autour de 28-29 %. L’effet choc des prix s’est donc estompé dans le temps. 

Vous aurez noté aussi que contrairement à l’Australie ou à la Grande-Bretagne, la France n’est pas une île. Il est plus facile d’aller chercher des cigarettes à un prix inférieur chez les voisins … » 

•• Conclusion : « la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a raison de dire que tous les pays qui ont connu une très forte diminution du tabagisme ont fortement joué sur les prix. Mais les politiques davantage basées sur la prévention montrent aussi leur efficacité, à long terme ».

Juil 062017
 

Plutôt anti-Macron, l’auteur d’un billet sur Altantico.fr de ce 6 juillet sur le paquet à 10 euros, annoncé dans la feuille de route du Gouvernement.

En restant au-dessus des prises de position politiques, affichées et exprimées de-ci de-là, on appréciera la démonstration d’Éric Verhaege, fondateur du cabinet d’innovation sociale Parménide et énarque, lui aussi. Extraits.

« Le paquet de cigarettes à 10 euros ? L’idée est aussi ancienne que bien connue, malgré ses origines obscures. C’est un peu comme si elle était dans l’air depuis longtemps sans qu’on ne sache plus très bien par qui elle est venue. Voici pourquoi En Marche l’a mise en œuvre dès son arrivée au pouvoir.

Premier point : la sociologie du fumeur n’est pas neutre. Selon les données les plus récentes, les fumeurs se trouvent d’abord dans les catégories sociales les moins favorisées. Ce fossé s’est beaucoup creusé depuis l’augmentation du prix du paquet de cigarettes. Ainsi, l’écart de la proportion de fumeurs chez les cadres et les ouvriers a augmenté de 2 points depuis que le tabac est surtaxé par l’État.

On aurait donc tort de croire que le renchérissement de la cigarette pénalisera les plus riches. Il frappera durement les catégories de revenus les plus modestes. Rappelons qu’en 2014, on comptait moins de 20% de fumeurs chez les cadres, alors qu’ils représentaient près de 40 % des ouvriers.  Autrement dit, le paquet de cigarettes à 10 euros, c’est une mesure jugée d’autant plus légitime par l’électorat d’En Marche qu’elle frappe l’électorat des autres partis.

Reste que le paquet de cigarettes à 10 euros pose un vrai problème moral. Selon les études menées, notamment le rapport de la Cour des Comptes de décembre 2012, le coût du tabagisme pour l’assurance-maladie est d’environ 12 milliards annuels. La taxe sur le tabac, qui représente 80 % du prix du paquet, rapporte 15 milliards.

Autrement dit, les fumeurs paient largement pour leur santé. Toute augmentation de la taxation les rendra financeurs très largement de l’assurance maladie.

Même en utilisant les estimations les plus pessimistes du coût sanitaire des fumeurs (environ 17 milliards par an qui pèseraient sur l’ensemble des acteurs de la santé), le paquet de cigarettes à 10 euros ressemblera à une contribution excessive des classes populaires au remboursement des frais qu’ils causent par leur vice.

Autrement dit, le gouvernement Philippe prépare le financement de soins apportés aux plus riches par une contribution nouvelle sur les plus pauvres.

Tout ceci pose la question de fond : pourquoi pénaliser les fumeurs ?

On entend bien la raison cachée, qui a désormais force de loi : il faut protéger les individus contre le mauvais usage qu’ils peuvent faire de leur liberté.

Au nom de la protection, il faut donc restreindre la liberté ».