Eh oui ! C’est ce jeudi 1er mars que les étiquettes vont valser à la hausse. Quasi un euro pour certaines, 70 centimes pour d’autres. On est sur le chemin du paquet à dix euros dans deux ans.
Outre notre ras-le-bol du matraquage fiscal (et sur le tabac, et sur le reste), les fumeurs vont se taper une journée de rappel à la réalité : on nous prend pour des « c … ».
• Après avoir fait la queue derrière les joueurs de grattage et de cochage (qui vous bousculent au cas où ils rateraient la fortune du siècle !), le fumeur va découvrir le nouveau prix de son paquet au moment du passage en caisse … « Ah, il manque un euro ! », va nous réclamer le buraliste qui n’aura même pas pris la peine d’expliquer quoi que ce soit. « Ah, mais vous vous êtes trompé dans le rendu-monnaie ! » va constater le client une fois de plus sous-informé.Lire la suite »
Instructif, cet article du Figaro, de ce matin, sur la prochaine augmentation des prix du tabac (au 1er mars), déclenchant le passage du paquet à 10 euros en 2020.
Instructif et, malgré tout, réconfortant parce qu’il met en évidence que nos ministres en « culotte courte » ou genre « maîtresse d’école » ont des pouvoirs limités quand il s’agit d’économie libérale et de choix individuel.
• Pour la faire courte, ils (les « culottes courtes ») voulaient imposer plus un euro sur tous les paquets de cigarettes. Sauf que certains fabricants ont dit non. Ce sera 70 centimes pour le paquet le plus emblématique et pas un centime de plus. Quitte à rogner sur sa marge et à perdre jusqu’à « 45 millions de manque à gagner en 2018 » selon les estimations. Après tout, c’est son choix d’entreprise pour rester leader.
• Pour nous les fumeurs, ça va relever à peu près de la même logique. On va perdre du pouvoir d’achat si on continue à consommer ? C’est notre choix et notre problème. Et les alternatives de toutes sortes ne manquent pas … De toute façon, l’argument de la perte de pouvoir d’achat ne faisait pas trop « santé publique ».
• Pour manger, on fera le plein de Nutella bradé chez Intermarché, même si une loi sur l’alimentation va bientôt l’interdire ! Soit une de plus sur la liste des « contraintes dans la vie de tous les jours » qui s’allonge.
Allez comprendre les politiques de santé publique … Il y a un an Marisol Touraine, ministre de la Santé de l’époque, mettait en place le paquet neutre pour « rentre moins attractive » l’image du tabac à travers son packaging …
À partir de la semaine prochaine, c’est la valse des étiquettes avec des hausses continues du prix du tabac sur trois ans. 10 euros, ce n’est pas rien pour le portefeuille. Cela étant censé créer un déclic pour arrêter de fumer, en dehors des considérations touchant au remplissage des caisses de l’État.
Cela dit, on peut se poser une question. Placer le tabac à ce niveau de prix n’est certainement pas une opération de « dénormalisation ». Au contraire, plus cher et moins accessible, tel un produit de luxe, le tabac sort de la banalisation. Et qui dit luxe, dit désir. Et qui dit luxe, dit « bling bling ». Finalement, les fumeurs seront peut-être fiers d’arborer leur dernier signe extérieur de « richesse », presque comme une Rolex au poignet ou un sac Vuitton.
Le premier tir sur le portefeuille des fumeurs c’est tout de suite maintenant : lundi 13 novembre avec plus 30 centimes en moyenne par paquet de cigarettes. La prochaine salve, c’est bientôt : dans quatre mois en mars 2018 (plus un euro). Suivies d’autres, répétées, jusqu’au paquet à 10 euros en 2020.
Seul objectif chiffré du Gouvernement : le jackpot de 510 millions d’euros dès fin 2018 dans les caisses de l’État (ou de la Sécurité sociale), soit autant en moins dans les poches des fumeurs. Et, grâce à ce mécanisme – sorti de la tête de technocrates ou de grands pontes de la santé publique – on n’en grille plus une ! ERREUR !
• Depuis de nombreuses années, la France est en haut du podium des prix en Europe continentale et son taux de tabagisme n’a pas baissé proportionnellement. Il y a comme un problème dans leur logiciel.
• Autre bug. Le fumeur n’est ni le citoyen « mouton » dont rêve les dirigeants, ni l’abruti « dépendant de son addiction » décrit par les spécialistes. Il en a ras-le-bol des leçons permanentes, de la « chasse à la sorcière », du rackett … Tout concourt pour faire front au harcèlement d’une société « bien-pensante » qui ferait mieux de faire son autocritique.
UNE INCITATION À LA DÉSOBÉISSANCE
• Le fumeur sait ce qu’il fait, connaît les enjeux. C’est donc à lui de décider s’il continue ou s’il arrête et comment il arrête (avec les méthodes de son choix). Sans critiquer les bonnes intentions de « Moi(s) sans tabac », on voit bien que la mayonnaise ne prend pas. 125 000 participants au démarrage, 145 000 au dixième jour … contre 180 000 l’an dernier. Ce n’est pas l’engouement et ce malgré le coup de pub sur le paquet à 10 euros pendant tout l’été. D’autant que le sevrage va jusqu’au geste, même l’e-cigarette étant dénigrée.
• Si de nouvelles contraintes fiscales viennent s’attaquer à son portefeuille, son choix sera vite fait de pratiquer un sport d’actualité auquel la France n’échappe pas (« Paradise papers ») : fuir le trop plein fiscal. Et sans pour autant tomber dans l’illégalité, il en existe beaucoup de paradis fiscaux du tabac à côté de l’enfer français. Ce n’est pas très sympa pour les buralistes, mais Agnès Buzyn ne pense qu’à nous éloigner de leurs débits.
Et le Gouvernement français ne manque pas de culot quand il dit vouloir une harmonisation de la fiscalité du tabac en Europe : ses voisins n’ont pas à payer ses propres erreurs de santé publique.
Le vote du paquet à 10 euros à l’Assemblée nationale se déroule sans l’ombre d’un débat comme s’ils étaient presque tous lobotomisés.
En revanche, le « matraquage » rend plus prolixe certains. Comme le comédien et humoriste Michaël Hirsh dans sa chronique quotidienne sur Europe 1 « Lettre ou ne pas lettre ». L’exercice, en général : une lettre adressée à une personnalité ou une institution qui fait l’actualité. L’exercice du jour : s’adresser à notre médecin traitant entre « paquet à 10 euros » et « Moi(s) sans tabac 2017 ». C’est parti …
« Cher Docteur,
Je viens d’apprendre que le paquet de cigarette va progressivement passer à 10 euros. 10 balles, non mais 10 balles, ça donne envie de s’en tirer une de balle et de clope aussi, une dernière pour la route, allez s’il vous plait docteur ! Parce que oui, à ce prix-là, je n’ai plus les moyens de ne plus vous écouter.
Alors, avant même que la société de consumation ne me fasse l’impôt et que mon compte bancaire ne finisse par des cendres, j’ai décidé de commencer à arrêter.
• Et pour ne pas céder à la tentation, j’ai pris des mesures drastiques :
J’ai supprimé de ma bibliothèque tous les ouvrages de Georges Cendre et de Truman Crapote. Je n’écouterai plus ni Clope François, ni Filtre Colins. Par contre, pour me donner du courage j’ai gardé tous les DVD avec Sandrine Bonaire. Et bah, rien que de faire ce tri, Docteur, je respirais déjà mieux !
• Seulement hier je suis tombé sur une chanson à la radio qui a tout gâché : et voilà, il aura suffi d’une étincelle !
Résultat, j’ai foncé chez mon buraliste, j’ai cassé mon PEL, et j’ai pu m’en grillé une ! Mais j’étais pas le pire Docteur, il y en a un qui fume deux paquets par jour, il a été obligé de revendre sa bagnole, et un autre qui louait sa baraque sur Airbnb pour pouvoir tirer une taff de temps en temps.
Parce que les statistiques sont formelles docteur, plus on est pauvre et plus on fume ! Et puis maintenant, plus on fume et plus on est pauvre.
• Bref, en 2017, on est pas tous mégots devant l’arrêt de la clope et j’ai même l’impression que le mégot des uns fait le magot des autres. Parce que pendant que toute la société paie l’addiction, les cigarettiers, eux, s’enrichissent tranquillement, et continue d’avancer de cancer. Et pas besoin de chercher très loin pour trouver qui se fait rouler quand on achète leur tabac.
Alors je vous promets, Docteur, en ce mois anti-tabac qui démarre bientôt, je vais essayer d’être fort pour ne plus être tenté par leurs recettes d’ammoniaque qui nous obligent à faire un patch avec le diable. »
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