Juin 192016
 

Michel HouellebecqOn aime ou pas. Mais Michel Houellebecq compte parmi les écrivains français contemporains les plus lus au monde.

Les intrigues de ses narrations sont aussi interpellantes que désarmantes. Mais n’en rajoutons pas, ce n’est pas le genre de ce fin observateur des névroses contemporaines.

Il écrit des romans et des poèmes. Il fait des photos, aussi, qu’il expose au Palais de Tokyo, à Paris, du 23 juin au 11 septembre : « Rester vivant ».

Et au cœur de l’expo, Houellebecq a fait implanter un fumoir : « il m’est survenu cette intention fraternelle pour mes fidèles » a-t-il déclaré à The Art Newspaper. Ce fumoir accueillera un bar et un jukebox où l’on pourra sélectionner 70 poèmes de Houellebecq mis en musique.

Un pied de nez pas neutre à Touraine.

Fév 202016
 

Umberto EcoLe grand écrivain – auteur de l’œuvre « Le nom de la rose » mais aussi « Le pendule de Foucault » ou dernièrement de « Numéro zéro », pour ne citer que ces titres – et qui vient de nous quitter à 84 ans était un grand fumeur : de cigarettes, de cigarillos et de pipe. Comme en témoignent de nombreuses photos.

En 1992, il déclarait tout bonnement sur le plateau de Bernard Pivot que le tabac était « sa drogue ».

Regrettable addiction ou remarquable aide à l’inspiration ?

Il est vrai que les nouveaux inquisiteurs sont toujours là.

Août 242015
 

Michel Houellebecq 2014Difficile de consacrer six doubles pages du Monde à l’écrivain (acteur et photographe désormais) Michel Houellebecq, sans évoquer son omniprésente cigarette. Dans sa série « Six vies de Michel Houellebecq », publiée du 18 au 23 août, Ariane Chemin s’y est prêtée … mais avec modération. Peut-être parce que son exploration dans les univers de l’écrivain s’est faite sans pouvoir l’interviewer. Et que Michel Houellebecq n’évoque le sujet du tabac que par allusion. Enfin, on retiendra quelques anecdotes …

• Geste gracieux : « Houellebecq, ses cheveux filasses, cette manière si gracieuse de tenir sa Philip Morris entre son majeur et son annulaire, après s’être cassé tout jeune l’index au basket et après avoir été mal soigné à l’infirmerie … »

• Geste rebelle : « Je suis conservateur » dit-il souvent préférant le mot à « réactionnaire ». « Sa seule amende, c’est pour avoir fumé sur un vol El Al en direction de Tel Aviv » s’amuse l’universitaire écossais Gavin Bowd.

• Le procès (suite à ses propos sur l’islam – « la religion la plus con » –  en 2001 dans la revue Lire lors de la parution de « Plateforme ») : « Durant le mois d’août, dans son bureau d’angle du boulevard Raspail, le fringant Emmanuel Pierrat (son avocat, ndlr) a fait répéter son client en lui fournissant des patchs de nicotine : au Palais, on ne fume pas (…) Les témoins ont été moins prévoyants. Les gendarmes demandent à Philippe Sollers de ranger son fume-cigarette ».

• Son séjour écourté au monastère de Ligugé (pour les besoins de son dernier roman « Soumission »). « Après trois jours et deux nuits passés dans sa chambre, Michel Houellebecq s’en est allé. Enfui plutôt, sans prévenir (…) Michel a eu très froid dans cette chambre où il ne pouvait fumer qu’à la fenêtre, loin du radiateur (…) Sans doute cette abbaye de Ligugé, un brin à gauche, son sens très élevé de la liberté, le fameux détecteur de fumée qui agace le fumeur, sans doute tout cela contribue à pousser le héros de « Soumission » dans les bras de l’Islam, un basculement plus tendance que la conversion au catholicisme de Huysmans ».

• Lutte finale … « Seules deux causes semblent aujourd’hui tenir au cœur de Houellebecq : la pénalisation des clients de prostituées et les lois sur le tabagisme en Europe, ses derniers combats. Sur ces sujets comme sur d’autres, il dit ne plus croire qu’à la démocratie directe » avance Ariane Chemin.

À ce propos, on rappellera une réflexion de Michel Houellebecq dans une interview au Point, il y a exactement un an : « En France, c’est trop compliqué, il y a trop d’impôts, trop de règlements, trop d’interdictions. Les prohibitions, ça peut être une autre bonne raison de quitter la France. Les lois pénalisant les clients de prostituées ne m’ont pas fait partir. Mais je pense que si le tabac est interdit à la vente, je partirai ».

Juil 112015
 

christian_combaz.jpgÉcrivain et essayiste, Christian Combaz nous livre – dans Figaro Vox du 10 juillet – un billet percutant sur « la manipulation médiatique » de la semaine (voir NS 13 du 9 juillet) et plus. En résumé : « l’augmentation ou la diminution du nombre de fumeurs sera bientôt aussi connue que le taux d’inflation mais les raisons pour lesquelles les gens fument sont dues à autre chose qu’à la puissance de l’industrie du tabac ». À lire dans son intégralité avec délectation.

« Les mines cafardes des présentateurs qui nous annoncent que la consommation de tabac est repartie à la hausse ont beau n’impressionner personne, la litanie recommence tous les trois mois comme s’il s’agissait d’annoncer le taux d’inflation. On finit par rêver d’un rédacteur en chef qui dirait stop, c’est fini, nous ne serons plus les artisans d’une campagne prophylactique obligatoire, nous ne sommes pas dans la Chine de Mao, si le Gouvernement veut faire de la propagande anti-tabac il n’a qu’à la faire dans les gares et louer des panneaux, mais le coup du type qui se retourne vers la caméra en disant « à présent, voici des chiffres préoccupants ! », on nous l’a trop fait, personne n’écoute plus.

« Quand les pourcentages baissent il y a toujours un reportage pour vous rappeler qu’il reste trop de fumeurs en France. Quand le prix du paquet augmente il y a toujours une Marisol pour plastronner sur le thème « patience, on les aura ». Les pouvoirs publics ont tout essayé, y compris les méthodes staliniennes qui s’adressent aux enfants pour les convaincre de contrôler la consommation de leurs parents. Dans le film « Le Pari » (1997), le slogan, issu d’un cabinet de communicants médiocre (mais il est probable que ce sont plutôt les scénaristes qui ont commis l’erreur en toute ignorance), slogan qui depuis circule partout dans la presse française, était « Le tabac c’est tabou on en viendra tous à bout ! ». On imagine très bien ce que l’auteur de cette phrase idiote avait en tête : le tabac, c’est un fléau. Mais comme la différence entre un fléau et un tabou lui échappait, comme il fallait une rime forte, et comme il n’avait pas fait Normale Sup, cette incongruité de langage a fini par devenir le symbole d’une campagne permanente d’intimidation au nom de la santé publique.

« Si l’on veut enjamber un vrai tabou, commençons par rétablir sa définition. Un tabou n’est pas un fléau. C’est un sujet qu’il est de mauvais ton d’évoquer. Voilà qui tombe bien car il existe bel et bien un tabou à propos du tabac, un sujet que personne ne veut jamais évoquer : pour la moitié de ceux qui s’y adonnent, le tabac est avant tout un plaisir donc une consolation, comme l’alcool et mille autres choses qui finiront par disparaître de notre paysage mental. Le jour où les Tartuffes occuperont le terrain d’une frontière à l’autre, il faudra changer jusqu’au titre de « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm par le même principe qui veut qu’on ne puisse plus publier, aujourd’hui, un livre intitulé « La première taf’ du matin et autres plaisirs minuscules ».

« Le vrai, le seul tabou semble être la question : de quoi les gens ont-ils besoin d’être consolés en se raccrochant ainsi à ces plaisirs humbles, addictifs, répétitifs, et quel est le profil de celui qui cherche la consolation ? C’est curieux mais sur ce sujet, les gouvernements sont incapables de fournir une réponse.

« Quant aux élites de la Nation qui lancent ces campagnes en direction de la plèbe, s’ils avaient une connaissance suffisante du coeur humain, s’ils avaient la moindre idée de ce que veulent les gens, leurs enfants seraient moins nombreux à tomber pour trafic de cannabis ou vol à main armée ».

Mai 232015
 

Paul LeautaudTout le monde a oublié Maurice Garçon, qui a quitté ce monde il y a une cinquantaine d’années. Mais la parution du « Journal 1939-1945 » de celui qui fut l’avocat des grandes causes criminelles et littéraires de l’époque vaut par son écriture libre et sans retouches.

Et de tomber sur cet extrait d’une rencontre, en 1941, avec le fantasque écrivain Paul Léautaud :
« Léautaud vient déjeuner chez moi.
Il me dit : je ne pourrais plus vivre si je devais manquer de tabac et de café. Si le café venait à me manquer, je crois que je serais capable de tout, même de me marier pour en avoir …
Et il a gloussé comme un vieux singe 
».

On a toujours dit qu’il y avait pire que le tabac.