En Autriche aussi, il existe des philosophes qui s’en prenne à l’hygiénisme autoritaire (voir NS 13 du 4 novembre) … Ainsi, Robert Pfaller, philosophe spécialiste du plaisir et professeur à l’université de Linz, explique dans une interview aux Inrocks que nous aimons fumer précisément parce que nous savons que cela nous fait du mal. Entretien entre vice, délice, et prise de risque.
• Instaurer un paquet neutre peut-il avoir une influence sur notre consommation de tabac ?
Robert Pfaller : Ni les mises en garde verbales ni les images de choc n’ont par le passé diminué la consommation de tabac. Donc, je pense que les couleurs ennuyeuses du paquet neutre vont juste détruire un peu de beauté, sans en revanche améliorer la santé de personne. Lire la suite »
Rafraîchissante, cette interview de l’avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti publiée dans Le Point de cette semaine. Avec des propos bien sentis dans lesquels on se retrouve pleinement. Extraits
•• Nous reprenons un premier extrait au moment où l’avocat est interrompu par un appel téléphonique : (le téléphone sonne : « Ouais mon camarade. Je vais chez l’hypnotiseur pour la clope et puis on se voit après … »)
• Le journaliste : L’hypnotiseur, ça fonctionne ? Éric Dupond-Moretti : J’ai fait deux mois sans toucher une cigarette, un truc énorme pour moi qui ne reste pas une heure sans fumer. Et puis un soir de beuverie, j’ai basculé …
• Que pensez-vous de l’époque ? E. D-M : Je me reconnais assez mal dans cette époque. Cette exigence de transparence que moi j’appelle la « transpercence », ces nouveaux juges qui sont devenus des justiciers, ces journalistes qui se prennent pour des flics, l’étiquette de vin sur laquelle il est écrit « À boire avec modération » comme si on ne le savait pas, le paquet de clopes qui vous rappelle que ça tue, les balances que l’on appelle les lanceurs d’alerte …Tout ça me fait profondément … (Il s’arrête) Je vous laisse le soin de mettre le verbe correspondant.Lire la suite »
… en tant que consommateurs, entendons-nous bien. Depuis le début de la semaine, les remontées sur le paquet neutre et son contenu ne laissent pas d’étonner (avec colère) les fumeurs. Et 60 millions a veillé au grain.
•• Premier constat : mais où est passée la composition (teneur en goudrons, monoxyde de carbone ou nicotine) ? Commentaire d’un fumeur interviewé : « Je m’étonne de ne plus trouver trace des mentions légales (…) plus rien ne me garantit que je fume encore du vrai tabac ! ».
Normal, paraît-il. C’est bien ce que prévoit la nouvelle réglementation, afin de « ne pas désinformer les consommateurs sur les dangers du tabagisme », explique le ministère français de la Santé. Autrement dit, tout tabac est nocif, peu importe sa composition. Mais pour ne pas désinformer, le ministère a choisi … de ne plus informer du tout.
Cette explication « se heurte tout de même aux pratiques de certains fumeurs qui veillent à choisir des cigarettes contenant le moins d’additifs possible » poursuit l’article. Une autre fumeuse précise ainsi : « je ne fume que du 100 % tabac, mais sur ces nouveaux paquets, plus rien n’est indiqué ! Je suis bien moins informé qu’avant ! ».
Pour le consommateur averti, c’est kafkaien ! Il peut aller consulter la liste des ingrédients sur une base de données du Laboratoires national d’essais … qui n’est plus à jour depuis 2013 ! Le ministère de la Santé indique qu’à partir de 2017, ces informations figureront sur le site de l’Agence nationale de Sécurité sanitaire et de l’Alimentation, à peine au courant de sa mission. Reste les sites de certains fabricants … en anglais.
•• Et, puis, 60 millions s’est intéressé aux appréciations des fumeurs quant aux évolutions de goût dues à la modification de la composition de leur produit. « Fumeur depuis dix ans de la marque J… #paquetneutre a changé le goût de cette marque, déçu ! » dans un tweet sur Seita_Officiel. Un autre fumeur confie au journal : « Il n’y a pas que le paquet qui a changé ! Clairement, elles n’ont plus le même goût. J’ai demandé à ma buraliste qui m’a dit que je n’étais pas le seul à m’en rendre compte. Un commercial chez L… lui aurait confirmé qu’ils en ont profité pour mélanger les références et qu’il n’y a pas de correspondance entre l’avant et l’après paquet neutre ».
Très jolie tribune, sur le site Atlantico.fr, signée Olivier Méresse, consultant en entreprise, et secrétaire de l’Aleps (Association pour la liberté économique et le progrès social). Le pitch (avant des extraits) : de nouvelles taxes sur le tabac en discussion actuellement au Parlement (hausse de la fiscalité sur le tabac à rouler et création d’une contribution sur les fournisseurs de produits du tabac) révèlent une manière hypocrite de rançonner les fumeurs, sans les inciter à arrêter de fumer. Un message toujours utile en période d’élections.
« Il semble qu’aucun gouvernement n’ait jamais eu l’idée d’essayer la liberté pour lutter contre la tabagie. Nous avons pourtant toutes les raisons de penser que ce serait la plus efficace des mesures. Le personnel politique est, hélas, généralement peu tenté par les solutions qui laissent aux citoyens la liberté de choisir et d’agir. En cas d’échec, l’opposition reprocherait au gouvernement de n’avoir rien fait et, en cas de succès, il serait difficile pour ce dernier de dire « Nous n’avons rien fait et les résultats ont été très probants. » Tous les bords politiques s’accordent donc pour faire plutôt n’importe quoi que rien et ils y réussissent admirablement. Si l’inaction est peu valorisante, la liberté est quant à elle intrinsèquement un échec pour tout pouvoir en cela qu’elle est toujours le renoncement à une planification potentielle, un ordre qu’on perd pour toujours l’occasion d’aboyer et l’aveu même de son inutilité.
« En matière tabagique l’échec de la voie utilisée par nos gouvernants est patent : que de taxes, que de souffrances, de législations, d’interdits ou d’obligations et de campagnes d’information pour de si piètres résultats ! Il suffit de voir une sortie de lycée ou de faculté pour comprendre que les « jeunes » n’ont que faire des directives du Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Les vieux non plus d’ailleurs. Personne en fait. Car s’arrêter de fumer est d’abord une décision personnelle. On ne peut pas faire arrêter de fumer quelqu’un. Les spécialistes du sevrage insistent beaucoup sur cette dimension personnelle de la décision, encourageant leurs patients à se sentir prêts avant d’aborder cette épreuve, à y réfléchir, sentir monter en eux le désir d’arrêter et prendre pleinement conscience des bienfaits qu’ils ont à en attendre. Toute cette démarche repose donc bien sur un libre choix et toute pression extérieure est contre-productive ».
C’est à l’occasion d’un sondage sur la campagne « Moi(s) sans tabac » (Odoxa pour Le Parisien/ Aujourd’hui en France, publié dimanche dernier) que les Français (fumeurs et non-fumeurs) ont à nouveau mis au banc de touche le paquet neutre.
•• 76 % des sondés estiment que l’instauration du paquet neutre pour lutter contre le tabagisme est inefficace (33 % très inefficace, 43 % assez inefficace). Depuis le départ, les trois quart des Français sont contre. La mesure a été imposée. Et maintenant qu’ils savent ce qu’il en est concrètement, ils sont encore moins convaincus. Et les fumeurs en force, à 85 %.
•• Le jugement est d’autant plus sévère que, dans le même sondage, la moitié des Français est franchement positive pour « Moi(s) sans tabac ». « Ce qui est un bon score » note Gaël Sliman, président d’Odoxa, « car en général le grand public a une certaine défiance vis-à-vis de ces messages de santé publique, jugés un peu moralisateur. Ici, ce n’est pas le cas ». Même chez les fumeurs : 46 % pensent que la campagne est un bon moyen d’arrêter, 23 % déclarent même essayer.
•• L’autre surprise du questionnaire, c’est le regard sur l’ambiguïté de cette addiction, trop souvent occultée. Considérée comme « une drogue » pour 84 % des sondés (et « coûteuse » pour 93 %), 60 % des Français (et 82 % des fumeurs) pensent cependant que le tabac est un puissant anti-stress. De même que c’est « une vraie source de plaisir » pour 55 % des Français (et 81 % des fumeurs).
Alors, faut-il une main de fer ou un gant de velours ? Attention, une majorité des sondés (56 %) estime que le fumeur finit par être « stigmatisé ».
« Nous sommes 13 millions » s’adresse aux fumeurs adultes et responsables. En application de la législation française sur le tabac, les mineurs de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à naviguer sur ce site.